Contrôleur à vent : capteurs, sons et connectique

EWI, Aerophone, saxophone électronique ou flûte numérique : un contrôleur à vent traduit votre souffle en notes. Avant de comparer les modèles, lisez ce qu'ils mesurent, les sons qu'ils embarquent et la façon dont ils se branchent.

Par Solène Barradeau

Kiosque à musique au soir, éclairé par une guirlande, un contrôleur à vent noir posé sur un pupitre à côté d'un casque audio et d'un câble enroulé

Le point de départ

Un contrôleur à vent ne produit aucun son par lui-même au sens acoustique. Il mesure ce que fait le musicien, la force du souffle, la position des doigts, parfois la pression des lèvres, et transforme ces gestes en messages numériques. Ces messages pilotent soit un moteur sonore intégré, soit un synthétiseur ou un logiciel branché à côté. C'est ce qui le distingue d'un saxophone ou d'une clarinette : le timbre ne dépend plus de la perce et du bec, mais du son choisi.

Trois familles se partagent le rayon. Les contrôleurs de type EWI, conçus à l'origine pour les saxophonistes de studio, ont des touches sensibles au toucher, sans mouvement mécanique, et un rouleau d'octaves sous le pouce gauche. Les instruments que les fabricants appellent saxophones numériques ou saxophones électroniques reprennent au contraire des clés mobiles disposées comme sur un saxophone, avec un doigté proche de celui de l'alto. Une troisième famille, plus récente, vise le voyage, la découverte ou la flûte à bec : formats réduits, haut-parleur intégré, réglages simplifiés.

Le premier choix porte donc sur le doigté. Un saxophoniste qui veut jouer tout de suite sans réapprendre se tournera vers des clés mobiles et un doigté de saxophone. Un musicien prêt à un temps d'adaptation peut préférer des touches sensitives, plus rapides sous les doigts mais déroutantes au début, parce qu'il suffit d'effleurer une touche pour la déclencher. La plupart des contrôleurs proposent plusieurs tables de doigtés dans leurs réglages : saxophone, flûte, clarinette, parfois trompette ou flûte à bec. Ces tables sont un argument de poids pour un musicien qui vient d'un autre instrument que le saxophone.

Deuxième étage de la décision : le capteur de souffle. C'est lui qui donne la nuance : un souffle léger donne un son doux, un souffle fort un son plein, et la qualité du capteur se juge à la finesse de cette transition. Certains modèles y ajoutent un capteur de lèvres ou de mordant, qui lit la pression sur le bec et commande le vibrato ou une inflexion de hauteur. D'autres ajoutent des capteurs d'inclinaison ou des plaques sensibles pour moduler le son. Plus il y a de capteurs, plus l'instrument est expressif, et plus la prise en main demande de temps.

Les sons intégrés font la différence pour un musicien qui veut jouer seul, au casque, sans ordinateur. Certains contrôleurs embarquent des centaines de sons, des saxophones échantillonnés aux synthétiseurs analogiques ; d'autres n'en ont aucun et ne servent qu'à piloter un appareil extérieur. Entre les deux, quelques modèles proposent une banque réduite mais soignée, pensée pour l'étude. Un haut-parleur intégré permet de jouer sans rien brancher, au prix d'un volume et d'un grave limités.

Reste la connectique, qui conditionne l'usage en concert ou en studio. Une sortie casque suffit pour travailler chez soi. Une sortie ligne, en jack, est nécessaire pour se brancher sur une console ou un amplificateur. Le MIDI, par prise USB, par prise DIN à cinq broches ou sans fil, permet de piloter un logiciel ou un synthétiseur. L'alimentation compte aussi : batterie rechargeable par USB, piles ou bloc secteur, chaque solution a ses contraintes en répétition.

Le réglage initial mérite qu'on lui consacre une soirée. Un contrôleur se calibre : seuil de déclenchement du souffle, courbe de réponse, sensibilité des touches et du capteur de lèvres. Réglé par défaut, il peut paraître dur ou au contraire trop nerveux ; ajusté à votre souffle, il change de caractère. Les modèles récents se règlent par une application sur téléphone ou sur ordinateur, les plus anciens par des combinaisons de touches décrites dans le manuel. Les avis négatifs viennent souvent d'acheteurs qui n'ont pas franchi cette étape.

Les profils d'acheteurs aident à s'orienter. Le saxophoniste qui vit en appartement cherche un doigté familier, des sons de saxophone crédibles et une sortie casque. Le claviériste ou le musicien de synthèse veut au contraire un MIDI complet et des capteurs nombreux pour piloter ses propres sons. Le musicien de scène regarde la sortie ligne, l'autonomie et la solidité. Le curieux qui découvre les vents, enfin, se tourne vers les formats compacts à haut-parleur, plus simples à prendre en main, en acceptant des possibilités plus réduites.

Sur ce rayon plus qu'ailleurs, les avis d'acheteurs comblent les trous des fiches. Ils parlent de la latence entre le souffle et le son, de la réponse du capteur de souffle dans les nuances faibles, de l'autonomie réelle et de la qualité des sons intégrés. Ils signalent aussi les mises à jour logicielles qui ont corrigé, ou non, les défauts relevés à la sortie d'un modèle. Lisez les avis récents en priorité, car un contrôleur évolue avec son logiciel interne.

Ce que disent les fiches techniques

  • La nature des touches : sensitives (capacitives) ou mécaniques à clés mobiles. Elle décide du temps d'adaptation pour un saxophoniste.
  • Les doigtés disponibles dans les réglages : saxophone, flûte, clarinette, hautbois, trompette ou flûte à bec selon les modèles. Vérifiez celui qui correspond à votre instrument de départ.
  • Les capteurs : souffle dans tous les cas, puis lèvres ou mordant, inclinaison, plaques de modulation. Chacun ajoute une possibilité d'expression.
  • Le moteur sonore : nombre de sons intégrés, type de synthèse, présence d'effets comme la réverbération. Un modèle sans moteur sonore impose un synthétiseur ou un logiciel.
  • La connectique : sortie casque, sortie ligne, MIDI par USB ou par prise DIN, MIDI sans fil. Elle conditionne le branchement sur scène et en studio.
  • L'alimentation et l'autonomie annoncée : batterie rechargeable, piles, secteur. L'autonomie réelle, relevée par les acheteurs, est souvent inférieure à la valeur annoncée.
  • Sur ce rayon, les fiches du fournisseur sont souvent brèves : la documentation du fabricant complète les lignes manquantes, et c'est elle qu'il faut consulter pour les capteurs et la connectique.
  • Ce qui est livré avec : câble USB, housse ou étui, bec de rechange, sangle. Sur un instrument que l'on emporte en répétition, une housse rembourrée évite un achat séparé, et un bec de rechange se révèle utile pour les instruments partagés entre plusieurs musiciens.

Huit contrôleurs à comparer

Modèles cités dans ce carnet, avec le repère qui les distingue
ModèleRepèreNotePrix constaté
AKAI Professional EWI 5000Modèle EWI le plus commenté du rayon par ses acheteurs : la référence de la famille à touches sensitives7,2/10599 €
AKAI Professional EWI SoloVersion Solo de la gamme EWI : à comparer avec la 5000 sur les sons et la connectique annoncés7,5/10399 €
Roland Aerophone Pro AE-30Haut de la gamme Aerophone, désigné Pro par son fabricant8,2/101 479 €
Roland Aerophone GO AE-05Aerophone GO, modèle d'accès de la même gamme : pour mesurer ce que la version Pro ajoute6,8/10438 €
Roland Aerophone mini AE-01Aerophone mini, format réduit annoncé par son nom, bien commenté7,3/10277 €
Odisei Music Travel Sax 2 BlackSaxophone électronique de voyage, format annoncé par son nom, avis nombreux et partagés6,5/10649 €
SOMA The Pipe BlackInstrument à part d'un fabricant de synthétiseurs, parmi les mieux notés du rayon par ses acheteurs8,3/10569 €
Artinoise Re.corder BlackContrôleur au format de flûte à bec, avis nombreux mais note la plus basse de la sélection6,5/1098 €

Les idées reçues

Un contrôleur à vent se joue exactement comme un saxophone.

Les modèles à clés mobiles s'en approchent, avec un doigté de saxophone. Les modèles à touches sensitives demandent une adaptation, et aucun ne reproduit la résistance d'un bec et d'une anche. Le souffle demandé est bien plus faible que sur un saxophone acoustique.

Plus il y a de sons intégrés, meilleur est l'instrument.

Une banque de quelques sons bien réglés sert davantage l'étude qu'une liste de centaines de préréglages peu expressifs. Pour un usage en studio, les sons internes comptent peu : le contrôleur pilote alors un logiciel.

Un saxophone électronique permet de travailler en silence.

Au casque, oui, et c'est souvent la raison de l'achat en appartement. Le bruit des clés reste audible sur les modèles mécaniques, et le souffle produit un léger bruit d'air. Il reste néanmoins bien plus discret qu'un instrument acoustique avec sourdine.

Le MIDI suffit, la connectique se règle avec un adaptateur.

Un adaptateur ajoute un maillon et parfois de la latence. Un contrôleur sans sortie ligne oblige à passer par un ordinateur ou un module pour se brancher sur une console. Vérifiez la connectique avant l'achat plutôt qu'après.

Un contrôleur à vent remplace l'apprentissage d'un instrument acoustique.

Il apprend les doigtés, la lecture et le phrasé, mais pas le placement des lèvres, la colonne d'air ni le travail du son propres à un saxophone ou une flûte. Les deux pratiques se complètent ; un élève de conservatoire qui passe au contrôleur garde son instrument acoustique pour les cours.

En trois phrases

  1. Choisissez d'abord le doigté et le type de touches : clés mobiles de saxophone ou touches sensitives de type EWI.
  2. Regardez ensuite les capteurs, souffle, lèvres et inclinaison, puis les sons intégrés si vous voulez jouer sans ordinateur.
  3. Finissez par la connectique et l'alimentation, et lisez les avis récents, car le logiciel interne fait évoluer ces instruments.